Hugo, Discours sur la misère (9 juillet 1849)

Posted on 2018/11/06

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«Yo no soy, señores, de los que creen que se puede eliminar el sufrimiento en este mundo; el sufrimiento es una ley divina; pero yo soy de los que creen y afirman que se puede destruir la miseria.
Tengan en cuenta, señores, que no estoy hablando de disminuir, deteriorar, restringir, limitar, sino que hablo destruir la miseria. La pobreza es una enfermedad del cuerpo social como la lepra era una enfermedad del cuerpo humano; la miseria puede desaparecer como la lepra desapareció. Destruir la miseria !Sí, esto es posible! Los legisladores y gobernadores deberían estar pensando en ello constantemente porque se puede hacer y no han cumplido con el deber de hacerlo.
La miseria, señorías… yo vengo a atacar el meollo de la cuestión. ¿Hasta qué punto conocen la miseria? ¿Quieren saber lo lejos que puede llegar? Ya no hablo de Irlanda, ni de la Edad Media en Francia, hablo de París, y de los tiempos en que vivimos. ¿Quieren ustedes los hechos?
Dios mio, no dudaré en expòner los hechos, aunque sean tristes pero es necesario mostrarlos. Es necesario decir lo que uno piensa sobre ello. Yo quisiera que al final de esta asamblea se hiciera una propuesta formal para realizar una gran investigación sobre la situación real de las clases trabajadoras que sufren en Francia. Me gustaría que todos los hechos explotaran abiertamente. ¿Cómo podemos curar el mal si no sondeamos las heridas?
Así que aquí están los hechos.
Aquí en París, en los suburbios de París donde el viento de rebelión prende facilmente, hay calles, casas, alcantarillas donde las familias, familias enteras viven hacinadas, hombres, mujeres, niñas, niños, puesto que no tienen camas ni mantas, casi ni ropa, nada más que montones de trapos apestosos en fermentación, recogidos en el lodo de las esquinas de las calles de ciudades llenas de basura donde las personas se entierran para escapar del frío del invierno.
Eso es un hecho. ¿Quieren más sus señorías? En estos días, un hombre, Dios, un pobre desgraciado hombre de letras, porque la pobreza no discrimina entre profesiones liberales y manuales, murió de hambre, hambriento a la carta, y se comprobó después de su muerte, que no había comido desde hacía seis días.
¿Quieren algo aún más doloroso? El mes pasado, durante la epidemia de cólera, encontramos a una madre y sus cuatro hijos que buscaban comida entre los escombros inmundos y apestosos de las tumbas de Montfaucon.
Bien, señores, yo digo que estas cosas no deberían ocurrir nunca; Yo digo que la sociedad debe poner todos sus medios, toda su dedicación, toda su inteligencia, toda su voluntad, para que estas cosas no ocurran. Yo digo que este tipo de hechos, en un país civilizado, comprometen la conciencia de toda la sociedad. El que habla se siente complice de esta situación y considera que estos actos no sólo son perjudiciales para el hombre sino que además son crímenes contra Dios.
Es por esto que me gustaría hacerles entender la importancia de la propuesta. Esto es sólo un primer paso, pero decisivo. Me gustaría que en esta asamblea, tanto mayorías como minorías, caminemos juntos hacia ese gran final, ese magnífico objetivo, ese objetivo sublime que es la abolición de la pobreza.
Y, señorías, no solamente apelo a su generosidad, también me dirijo a la más alta responsabilidad política que debe tener una asamblea de legisladores. Y esta es mi última palabra.
Señores, como he dicho anteriormente, ustedes cuentan con la ayuda de la Guardia Nacional, el ejército y todas las fuerzas vivas del país para fortalecer este estado sacudido una vez más. Ustedes nunca han reculado ante ningún peligro, ustedes nunca han dudado ante cualquier deber con tal de salvar la sociedad civil, el gobierno legal, las instituciones, la paz pública, la propia civilización. !Ustedes que han hecho cosas importantes, ahora no hacen nada¡.
Ustedes no están haciendo nada, insisto en ello porque el orden material conseguido no tiene base sin el orden moral. Ustedes no están haciendo nada porque el pueblo sufre. Ustedes no están haciendo nada porque hay por debajo de ustedes una parte del pueblo desesperada. No hacen nada por los que son el futuro y están sin pan; ni por aquellos más mayores que han trabajado toda la vida y están sin hogar. Tanto es así que la usura devora nuestros campos, tanto es así que se muere de hambre en nuestras ciudades, tanto es así que ya no existen leyes fraternales, sagradas que ayuden a las familias pobres y honestas, a los campesinos, a los obreros, a la gente de corazón. Ustedes no hacen nada para que el espíritu de la revolución auxilie este sufrimiento popular. No hacen nada, absolutamente nada, contra esta situación de destrucción y oscuridad, colaborando poco a poco, malvadamente en la infelicidad del hombre».
Discurso a la Asamblea Nacional Legislativa el 9 de Julio del 1849 «Destruir la Miseria» (Víctor Hugo)

Victor Hugo (9 juillet 1849)

Le discours de Victor Hugo appuie la proposition d’Armand de Melun visant à constituer un comité destiné à « préparer les lois relatives à la prévoyance et à l’assistance publique »

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. (Réclamations. ― Violentes dénégations à droite.)

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. (Nouveaux murmures à droite.) La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. (Oui ! oui ! à gauche.) Détruire la misère ! oui, cela est possible. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. (Sensation universelle.)

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Il y a dans Paris… (L’orateur s’interrompt.)

Mon Dieu, je n’hésite pas à les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s’il faut dire toute ma pensée, je voudrais qu’il sortit de cette assemblée, et au besoin j’en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ? (Très bien ! très bien !)

Voici donc ces faits.

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver. (Mouvement.)

Voilà un fait. En voici d’autres. Ces jours derniers, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours. (Longue interruption.) Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon ! (Sensation.)

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire (mouvement), et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu ! (Sensation prolongée.)

Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m’écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n’est qu’un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi, de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère ! (Bravo ! ― Applaudissements.)

Et, messieurs, je ne m’adresse pas seulement à votre générosité, je m’adresse à ce qu’il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d’une assemblée de législateurs. Et, à ce sujet, un dernier mot, je terminerai par là.

Messieurs, comme je vous le disais tout à l’heure, vous venez, avec le concours de la garde nationale, de l’armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l’état ébranlé encore une fois. Vous n’avez reculé devant aucun péril, vous n’avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable… Eh bien ! vous n’avez rien fait ! (Mouvement.)

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! (Très bien ! très bien ! ― Vive et unanime adhésion.) Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! (Bravos à gauche.) Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et qui ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes (mouvement prolongé), tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! (Acclamation.) Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que, dans cette œuvre de destruction et de ténèbres qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux !

Vous le voyez, messieurs, je le répète en terminant, ce n’est pas seulement à votre générosité que je m’adresse, c’est à votre sagesse, et je vous conjure d’y réfléchir. Messieurs, songez-y, c’est l’anarchie qui ouvre les abîmes, mais c’est la misère qui les creuse. (C’est vrai ! c’est vrai !) Vous avez fait des lois contre l’anarchie, faites maintenant des lois contre la misère ! (Mouvement prolongé sur tous les bancs. ― L’orateur descend de la tribune et reçoit les félicitations de ses collègues.)