Cros, Marie-France, Miser, François, Geopolitique du Congo, Ed. Complexe, 2006. ISBN : 2804800717
Sumario
Les contraintes géopolitiques
– Le ventre mou du continent / – Le cœur de l’Afrique / – Un enjeu stratégique /- Dépasser le paradoxe
Une identité multiple, mais bien réelle
– La fierté d’être Zaïrois / – La zaïrianisation ou les débuts de la crise /- Vivre au sein d’un même espace – Un pays conçu comme un État-tampon / – Un nationalisme patrimonial / – Une identité multiple /- Sectes et sorcellerie
Les particularismes congolais /– Un clivage Est-Ouest / – La capitale et le reste du pays-Lubumbashi, la minière / – Mbuji-Mayi, la rebelle / – La poudrière du Kivu / – Royaume et mysticisme au Bas-Congo / – La diaspora ou « ceux de Mputu »
La vie politique congolaise / – Un système institutionnel fragile / – Une classe politique versatile en mal d’éthique / – Nouvelle génération, anciennes moeurs, faible leardership / – L’armée congolaise, foyer de déstabilisation / – La politique économique
Les relations extérieures / – Une création de l’Occident /- Des voisins aux dents longues / – Un État sous tutelle / – Les Asiatiques, nouveaux acteurs.
Entrevista con los autores [2005]. http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2804800717/bibliomonde-21–
Complexe : Qu’est ce qui vous a incité à entreprendre cet ouvrage ?
– Les Auteurs : D’abord, la volonté d’expliquer comment un pays aussi richement doté que le Congo, sur le plan des ressources naturelles comme des talents de ses habitants, se retrouve 45 ans après l’indépendance dans une situation de désordre institutionnel et de misère aussi prononcés. Ensuite, nous avons également ressenti le besoin, en décrivant cette situation, de faire comprendre à quel point le Congo-Kinshasa a besoin du secours extérieur pour la redresser tout en soulignant que cette oeuvre de solidarité est dans l’intérêt bien compris des partenaires extérieurs du pays, à commencer par les États voisins. Mais en même temps, il nous semble important de souligner que le redressement du Congo, quel que soit l’apport extérieur, ne résultera in fine que de la prise en charge par les Congolais de leur propre destin.
– Complexe : Selon vous pourquoi les partenaires extérieurs du Congo ont-ils intérêt à son redressement ?
– Les Auteurs : L’effondrement de l’État congolais n’a pas été sans conséquences sur la stabilité des neuf pays qui l’entourent. Prenons le cas le plus flagrant : celui du génocide tutsi au Rwanda en 1994. Il n’est pas exclu que si le Congo avait gardé son rôle de leader au sein de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), à la perspective d’une intervention d’une armée forte, les commanditaires du génocide auraient peut-être réfléchi à deux fois avant d’exécuter leurs projets criminels. Mais il y a d’autres impératifs : laisser pourrir les choses au Congo s’est révélé dangereux pour tous ces voisins. L’absence d’État ou son extrême faiblesse ont permis à des mouvements rebelles des pays voisins (Angola, Rwanda, Burundi, Ouganda, etc.) d’établir un sanctuaire au Congo et de déstabiliser ces États; les nouveaux détenteurs du pouvoir au Burundi après les élections de juin et juillet 2005, par exemple, craignent que leurs efforts de redressement soient réduits à peu de chose si le Congo ne se stabilise pas. En outre, la déficience des systèmes sanitaires a permis au Congo, au cours de ces dernières années, de devenir une véritable « bombe », en entretenant des foyers d’épidémies les plus diverses (lèpre, fièvre jaune, maladie du sommeil, virus Ebola, fièvre de Marbourg) qui nécessitent, dans l’intérêt régional – et même de la santé à l’échelon mondial – de combattre cet effet boomerang de l’extraordinaire biodiversité du pays.
Même s’il constitue un grand danger potentiel, si le chaos perdure, le Congo représente aussi une fantastique opportunité à l’échelle du continent et du reste du monde. Les ingénieurs allemands, français et sud-africains depuis le début des années 1990 planchent sur des projets d’exportation d’énergie électrique à partir du barrage d’Inga. Comme nous l’expliquons dans l’ouvrage, s’ils parvenaient à se matérialiser, l’Afrique Australe, par exemple, qui s’attend à une pénurie énergétique à compter de 2008, pourrait envisager l’avenir de son développement et de son industrialisation avec plus de sérénité. Ajoutons que sur un continent dont la population est appelée à doubler au moins, malgré l’épidémie du VIH-Sida d’ici 2050 selon les projections des démographes, l’existence en son coeur d’une vaste région fertile et bien arrosée, représente un espoir important pour sa sécurité alimentaire. Enfin, il y a tant à faire au Congo en matière d’infrastructures routières, fluviales, sanitaires, éducatives, etc. que ce pays peut devenir une frontière de développement dans l’intérêt de ceux qui sont prêts à le mettre en valeur. Mais pour cela, il y a des conditions à respecter…
– Complexe : Lesquelles ?
– Les Auteurs : Une prise de conscience parmi les dirigeants mais aussi dans le reste de la population qu’il ne suffit pas qu’un pays soit riche pour qu’affluent les investissements et qu’il ne suffit pas davantage d’incriminer les manquements passés ou même présents de la communauté internationale, de rejeter la responsabilité de tout ce qui ne va pas sur l’extérieur. Bien sûr, des armées africaines, des opérateurs économiques véreux ont tiré partie des défaillances institutionnelles, économiques et militaires du Congo. Mais dans notre livre, nous avançons le point de vue, que trop souvent, les Congolais ont tendance à rejeter la faute qui sur l’ancienne puissance coloniale, qui sur l’Occident en général, ou l’ONU ou les pays voisins, Rwanda en tête. Mais sans suffisamment se demander comment le pillage du pays a pu être possible et qu’est-ce qui a rendu si hardies les armées des petits Rwanda, Burundi et Ouganda pour se permettre des incursions et l’occupation de vastes portions du territoire congolais. En clair, des comportements doivent changer. Nous le disons clairement parce que nous croyons que que l’on a trop caressé les Congolais dans le sens du poil, ce qui n’a pas contribué à les pousser à un effort absolument indispensable, qui est la clé du redressement de ce pays. Certains leaders n’ont pas encore compris qu’il est impossible de restaurer l’autorité de l’État si on détourne les fonds destinés à la paie des fonctionnaires, militaires en tête et qu’en de pareilles conditions, les pratiques de racket sont pratiquement inévitables.
– Complexe : Cette prise de conscience se produit-elle ?
– Les Auteurs : Incontestablement, il y a des personnalités, y compris parmi les institutions, plus conscientes que d’autres des problèmes, notamment dans la société civile. L’enjeu est qu’elles puissent se fédérer pour imposer de nouveaux comportements. Mais cela peut prendre du temps. Alors que le pays se dirige vers des élections pluralistes, la question est de savoir si un nombre suffisant d’élus incarnant une autre politique parviendront à percer. Si tel n’est pas le cas, il est à craindre que les Congolais qui nourrissent beaucoup d’espoir dans ces scrutins, en sortent amèrement déçus, déçus de la démocratie elle-même. À ceci près que ce système peut leur apporter un premier soulagement, éducatif : le pouvoir de sortir au moins une partie des dirigeants actuels. Mais dans notre livre, nous ne tranchons pas : les élections doivent encore avoir lieu.
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Posted on 2010/07/08
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